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Pourquoi utiliser les thérapies non médicamenteuses en EHPAD ?

Publié le 18-03-2021

Ce n’est pas un secret. La France aime les médicaments. Selon une étude menée par Statista, en 2019, 40 % des français consomment des médicaments de façon journalière et 87 % des répondants font entièrement confiance aux médicaments qui leur sont prescrits. (1) et (2)

Chez les seniors de plus de 70 ans, le nombre de médicaments consommés varie entre 8 et 10. (3) 

Mais après les études menées sur les effets de la consommation de traitements médicamenteux, le rapport Verger de 2013 sur « la politique du médicament en EHPAD » et la loi de modernisation du système de santé de 2016, le rapport aux traitements médicamenteux pourrait-il changer ? 

Les thérapies non-médicamenteuses pourraient-elles prendre plus d’importance dans les traitements administrés en EHPAD ? Quel est leur impact ? Quelles limites existent ? 

Découvrons ensemble. 

 

Les traitements médicamenteux en EHPAD : quel bilan ? 

 

Cela ne va surprendre personne, mais il est bon de le rappeler : la consommation de médicaments n’est pas toujours sans danger. La Iatrogénie (troubles de santé suite à la prise d’un médicament ou traitement médical) serait responsable de 10 000 décès et 130 000 hospitalisations par an. (4)

Et les seniors sont d’autant plus vulnérables face aux effets d’une consommation excessive de médicaments. Les risques d’accidents iatrogènes augmentent avec l’âge, sont deux fois plus importants arrivé à l’âge de 65 ans et représentent environ 20 % des hospitalisations des seniors de plus de 80 ans. (5)

Pour autant, les médicaments sont souvent nécessaires pour traiter certaines maladies ou améliorer le quotidien des résidents.

En 2012, le gouvernement français se penche sur les traitements médicamenteux dans les EHPAD, voulant réduire les risques liés à leur consommation. En découle en 2013 le rapport du docteur Philippe Verger “La politique du médicament en EHPAD”. Le rapport de 125 pages met en lumière les “dysfonctionnements” de certains traitements médicamenteux en EHPAD, et plus précisément :

 

  •  Un circuit complexe du médicament : la pluralité des acteurs impliqués dans les traitements médicamenteux et leurs rôles respectifs compliquent le suivi. Précisons aussi que la qualité du parc informatique des EHPAD est parfois “insuffisante” et rend ainsi le suivi des traitements d’autant plus fastidieux pour les équipes.

 

  •  Une surprescription du médicament : ce rapport stipule également que les médecins traitants peuvent avoir tendance à pratiquer la surprescription. En moyenne, la prescription d’un patient en EHPAD fait 8 lignes. Ce comportement peut s’expliquer en partie par une “ritualisation” de l’examen de santé se concluant par la prescription de traitements médicamenteux. (6)

 

  • La représentativité des seniors dans les tests pharmacologiques reste insuffisante. Le profil des seniors étant complexe et particulier, il est souvent exclu des panels de recherches sur les effets de médicaments. Effectivement, les personnes âgées souffrent souvent de plusieurs pathologies et ont souvent recours à la polymédication, ce qui complique les essais cliniques. Ajoutons aussi que très peu de travaux de recherches cliniques sont conduits dans les EHPAD.

 

Face à ses dysfonctionnements, des axes d’améliorations ont fait leur apparition suite à la loi de modernisation du système de santé en 2016.

 

Qu’est ce qu’une thérapie non médicamenteuse ?  

 

C’est un ensemble de soins, de traitements et de techniques apportant un soulagement au patient : visant à le mener vers un état de bien-être tout en prévenant les risques de iatrogénie. Le plus souvent, les thérapies non-médicamenteuses en EHPAD se font en complément des soins quotidiens et des traitements médicamenteux. (7)

La Haute Autorité de la Santé regroupe les thérapies non-médicamenteuses en 3 catégories : les “thérapeutiques physiques », les « règles hygiéno-diététiques » et les « traitements psychologiques. Cependant, d’autres classifications existent comme celles proposées par le CEPS de Montpellier divisant les psychothérapies en 5 grandes familles et 19 sous-catégories :

 

Les thérapies non-médicamenteuses

Image 1 : Les sous catégories de thérapies non-médicamenteuses selon Comité Economique des Produits de Santé

 

Voici une liste non-exhaustive d’exemples notables de thérapies non-médicamenteuses :

 

  •  L’art-thérapie : c’est une forme de thérapie reposant sur la méditation et l’action artistique. L’art-thérapie peut se manifester sous plusieurs aspects : sculpture, peinture, photographie, découpage, musique (musicothérapie) ou théâtre. Elle se répand progressivement dans les EHPAD pour permettre l’expression des résidents et s’utilise communément pour lutter contre la maladie d’Alzheimer via la stimulation cognitive et sensorielle.

 

  • La médiation animale ou zoothérapie : le patient est en contact direct avec un animal domestique. Le patient s’occupe de lui, lui apporte des soins, lui parle et développe une relation affective avec le compagnon animal. La médiation animale en EHPAD est le plus souvent utilisée pour lutter contre l’isolement des seniors et les effets de la maladie d’Alzheimer.

 

  • La jardinothérapie : cette thérapie est centrée autour des jardins et des espaces verts dans lesquels les patients peuvent se promener et se détendre. Une extension dénommée hortithérapie est souvent rattachée à la jardinothérapie. La différence repose sur le fait que le patient devient acteur en cultivant un jardin. Ce genre de thérapie favorise l’activité physique du patient dans un environnement, le plus souvent, en plein air.  Dans cet esprit, la société Ullo a développé GARDEN, une thérapie basée sur la stimulation sensorielle et cognitive. Cette solution est pensée pour améliorer le bien-être, calmer l’anxiété et apaiser les troubles du comportement des résidents.Concrètement, en utilisant la réalité augmentée, un paysage est projeté sur le sable cinétique du jardin zen. Le résident est équipé d’une ceinture connectée qui enregistre ses données physiologiques, telles que sa respiration ou ses mouvements.Le résident est ensuite invité à modeler son paysage dans le sable, tout en étant bercé par une ambiance sonore relaxante. Tout ce qu’il peut apercevoir dans le sable, ou entendre est directement synchronisé avec ses mouvements et sa respiration. Ullo proposera bientôt une nouvelle version FLOWER, une version allégée et nomade de son GARDEN

 

  • La méthode Snoezelen : cette approche repose sur la stimulation des 5 sens. Le patient est invité dans un espace multi-sensoriel ou plusieurs expériences tactiles, olfactives, visuelles, rythmiques l’invitent à la relaxation. Cette méthode vise à apaiser certains comportements (anxiété, agitation) ou bien à les développer chez certains patients (réduction de l’apathie)

 

  • L’aromathérapie : cette forme de thérapie utilise des huiles essentielles favorisant la relaxation. L’essence des huiles peut être humée, ou bien l’huile est directement appliquée sur la peau (en complément de massages par exemple).

 

  •  La luminothérapie : le patient est exposé à une source de lumière artificielle répliquant les effets de la lumière solaire. Cette thérapie est principalement utilisée auprès des patients souffrant de troubles du sommeil (présents notamment chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer).

 

  • La psychothérapie : construite autour de l’intervention d’un psychothérapeute, elle vise à apporter un bien-être psychologique au patient. En EHPAD, il est possible de la retrouver sous la forme de thérapie par empathie (le psychotérapeute valide et soutient le dialogue du senior) ou encore sous la forme de thérapie par évocation du passé (permettant d’augmenter l’estime de soi en se remémorant ses accomplissements).

 

Les exemples de thérapies non médicamenteuses et leur champs d’applications sont nombreux.

En EHPAD , les thérapies non médicamenteuses sont le plus souvent prescrites aux personnes souffrant de maladies neurodégénératives sans traitement curatif, tel que la maladie d’Alzheimer.

 

Les thérapies non médicamenteuses sont-elles efficaces ? 

 

Plusieurs autorités et articles médicaux ont relevé que ces thérapies ont des effets variables. Elles semblent être efficaces sur le court terme (lors de leur administration et/ou peu de temps après) pour apporter un soulagement au patient, d’où la nécessité de les appliquer de façon régulière. Elles permettent de lutter contre l’apathie, la dénutrition et la dépression. Ces thérapies peuvent aussi permettre de prévenir les chutes, l’errance et limitent les effets de la maladie d’Alzheimer.

Cependant, les experts s’accordent pour dire que les thérapies non-médicamenteuses s’administrent en complémentarité des traitements médicamenteux et ne doivent pas entièrement les substituer.

Les experts rappellent aussi que les données disponibles sont encore peu nombreuses. Les recherches cliniques sont laborieuses et prennent en compte des paramètres complexes (influence des médicaments, de l’état de santé du patient). D’autant plus que la majorité des études sont financées par les laboratoires pharmaceutiques.

Un rapport de la Haute Autorité de la Santé datant de 2011 (8) a mis en évidence plusieurs freins à la prescription et l’administration des thérapies non médicamenteuses dont notamment :

 

  • Une connaissance encore partielle des médecins traitants, des soignants et des patients. Logiquement, ce manque de connaissance influerait en partie sur la réticence des médecins à prescrire ces thérapies. Les lacunes des soignants et des patients sur ces thérapies mèneraient aussi à une administration du soin “imprécise”, impactant son efficacité. À cet égard, la H.A.S a depuis, mis à disposition des soignants, des fiches répertoriant les bonnes pratiques à adopter lors de l’administration des soins.

 

  • Les inégalités d’accès aux offres de thérapies non médicamenteuses. La majorité des thérapies non médicamenteuses proposées en EHPAD nécessitent l’intervention d’un professionnel de santé ou d’un formateur pour le personnel soignant. Or le rapport démontre que l’offre de ces professionnels est inégalement répartie sur le territoire français.

 

Cet article ayant pour but d’offrir un aperçu des thérapies non médicamenteuses, nous vous recommandons de consulter l’avis d’un professionnel en complément.

Bien que les études et les données sur les thérapies non médicamenteuses restent rares, ces nouvelles formes de soins se font progressivement une place en EHPAD. Les thérapies viennent améliorer le bien-être des résidents et indirectement des équipes et se positionnent comme une solution complémentaire aux traitements médicamenteux. De nouveaux acteurs émergent et proposent des solutions toujours plus innovantes pour améliorer le quotidien de nos seniors.

C’est certain, le bien vieillir a de beaux jours devant lui.

 

Raphaël PASCOT

 

Sources

 

(1) : https://fr.statista.com/statistiques/534411/frequence-consommation-medicaments-france/

 

(2) https://fr.statista.com/statistiques/942782/niveau-confiance-medicaments-general-france/

 

(3) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-05/fr_medicament_vdef_crea.pdf

 

(4) https://sante.lefigaro.fr/mieux-etre/accident/effets-iatrogenes/que-revelent-chiffres

 

(5) https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Politiquedu_medicament_en_EHPAD_final.pdf

 

(6) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2011-06/developpement_de_la_prescription_de_therapeutiques_non_medicamenteuses_rapport.pdf

 

(7) http://www.ch-larochefoucauld.fr/les-th-rapies-non-m-dicamenteuses

 

(8) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2011-06/developpement_de_la_prescription_de_therapeutiques_non_medicamenteuses_synthese.pdf

 

 

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