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Retour sur les Assises Nationales des EHPAD 2020

Publié le 24-09-2020

 

Les 16 et 17 septembre, le groupe EHPA Presse a organisé les Assises des EHPAD ; deux jours très instructifs aux débats intenses et riches en émotions. Ces Assises des EHPAD étaient avant tout l’occasion de tous se retrouver et d’échanger sur cette période si particulière. Alors que les conférences du premier jour étaient naturellement centrées sur la crise sanitaire du COVID-19, la manière de la gérer et les leçons à en tirer, celles du deuxième jour étaient davantage tournées vers l’avenir : la 5ème branche de la Sécurité sociale, le PLFSS 2021, l’EHPAD du futur…

Vous n’avez pas pu assister à l’événement ? Nous vous faisons découvrir en quelques lignes les grandes thématiques qui ont animé ces deux journées.

 

La crise du COVID-19 : constats et enseignements de cette période

 

Avant d’aborder ce sujet délicat, Luc Broussy, directeur du Mensuel des Maisons de Retraite, a pris la parole pour accueillir les nombreux participants et insuffler une belle dynamique à ces Assises des EHPAD.

Très rapidement, nous sommes entrés dans le vif du sujet, pour comprendre ce qui s’est passé pendant cette crise de COVID-19 et décrypter quelques chiffres.

Mais ces Assises ont été aussi, et surtout, un lieu d’échanges autour de la réalité du terrain, avec l’intervention d’acteurs publics (ARS, ministère), de fédérations (FHF et Synerpa) mais aussi de directeurs/trices d’établissements.

Difficile de parler du COVID-19 sans parler de l’isolement des seniors. La période de confinement a accentué cet effet, avec un impact négatif notamment sur l’état psychologique des résidents. Dans ce contexte, plusieurs actions solidaires ont été mises en place pour limiter cet effet ; nous vous en avions parlé dans un précédent article. Jérôme Guedj (responsable d’une mission auprès d’Olivier Véran sur les questions de l’isolement des seniors) et Benoît Calmels (délégué général de l’UNCCAS) ont ainsi pu échanger avec passion autour de la lutte contre l’isolement.

Et tout cela éclairé par le témoignage de Florence Aubenas, grand reporter au journal Le Monde. Suite à son immersion dans un EHPAD de Bagnolet, pendant plusieurs jours durant la crise, au côté du cadre de Santé Laurent Garcia, elle se désole que « la presse ne puisse pas rectifier cette image des EHPAD ».

Se sont ensuite tenues 3 master class sur des sujets variés :

  • Comment accompagner ou faire face aux familles qui portent plainte au sortir de la crise, avec les recommandations de Claude Evin, ancien ministre de la Santé : entre médiation et contentieux.
  • Le co-fondateur des outils AGGIR et PATHOS a livré quant à lui tous les secrets de ces outils pour l’optimisation de la gestion budgétaire des EHPAD.
  • « Le fabuleux destin des Babyboomers » : Michèle Delaunay, ancienne Ministre des Personnes Âgées et de l’Autonomie, a partagé sa vision de cette génération.

 

Comment repenser les soins ? Quel sens donner à cette crise ?

 

La crise COVID-19 a mis l’accent, plus que jamais, sur les problématiques des personnels engagés auprès des seniors, et notamment en EHPAD. Myriam El Khomri, ancienne Ministre du travail, a été le grand témoin de cette thématique, au côté de nombreux acteurs du secteur, pour parler de l’attractivité des métiers du grand âge. Parmi les invités, Florence Braud, aide-soignante, nous a livré un billet plein d’humour.

 

Cette première journée a été clôturée par l’intervention d’Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, qui a renouvelé son soutien aux acteurs et au secteur du grand âge. Parmi les grandes lignes de ses engagements, il a affirmé que « le Laroque de l’autonomie […] ne sera pas un énième barnum ».

 

L’EHPAD, tu changes ou tu meurs !

 

On embarque pour la deuxième journée de ces Assises, définitivement tournée vers l’avenir.

Avec le vieillissement de la population, le nombre d’établissements spécialisés se multiplie. Mais face à tous les changements actuels, les structures se mettent à l’œuvre pour s’adapter et se réinventer.  De nouvelles formes d’établissements continuent de se développer. C’est le cas de l’EHPAD plateforme, défendu par Séverine Laboue, qui prône l’ouverture vers le domicile mais également vers les autres EHPAD. Cette nouvelle « offre » permet notamment de maintenir le senior le plus longtemps possible à domicile. L’EHPAD plateforme joue le rôle de pivot en mettant en relation, sur un territoire donné, le besoin d’aide à domicile et l’offre de services disponibles. Le senior, à domicile, aura ainsi accès aux offres et aux technologies disponibles en EHPAD. Ce nouveau modèle permet de favoriser le maintien à domicile en toute sécurité mais également de démystifier l’EHPAD grâce à l’ouverture des animations de l’EHPAD aux seniors externes par exemple. Pour Séverine Laboue, membre du Conseil d’Administration de la FHF, même si de nombreuses initiatives existent dans l’esprit de l’EHPAD plateforme, il y a pour l’instant beaucoup de limites pour que cela soit développé à plus grande échelle : limites administratives, manque de moyens en termes de personnel notamment, mais également des limites financières.

S’en suit une intervention de Pierre Gouabault (directeur d’EHPAD publics) sur le futur des EHPAD : « Demain, tous ensemble ou rien ? ». L’EHPAD est certes un lieu d’hébergement mais aussi de ressources. Il a souligné lors de son intervention la nécessité de capitaliser sur les synergies et la coopération des territoires et de renforcer le pouvoir d’agir des opérateurs.  Plusieurs enjeux ont été mis en exergue : un enjeu de gouvernance (ARS vs départements), un enjeu de tarification, un enjeu d’accessibilité…

Enfin, pour réinventer l’EHPAD, Pascale Richter, architecte, nous a livré ses conseils sur l’architecture des établissements. Dans sa vision des EHPAD du futur, plusieurs éléments sont à prendre en compte :

  • L’approche domiciliaire pour s’adapter au territoire et rester sur des habitats à taille humaine.
  • Une ambiance chaleureuse : la maison est vivante et favorise la création du lien social ainsi que l’ouverture sur l’environnement.
  • Des lieux à soi : rajouter quelques mètres carrés dans une chambre ou créer une alcôve personnelle permettent de tout changer pour le résident, sans avoir un impact financier significatif.

Il a aussi été question d’habitat inclusif, avec Nicolas Perette, le président d’Age et Vie. Ces petites habitations partagées par des colocataires de 87 ans en moyenne, s’inscrivent dans le prolongement du domicile. Une offre complémentaire des Maisons de Retraite qui reste sécurisante pour les familles, mais toujours ouvertes.

Plusieurs ateliers ont ensuite permis d’élargir les horizons de l’EHPAD du futur, à travers l’architecture, la restauration mais également le numérique.

 

Le forum politique : 5ème risque et loi grand-âge

 

Pour lancer ce forum politique, Virginie Magnat, directrice générale de la CNSA, Caisse nationale de Solidarité pour l’Autonomie, commence par un rappel de la loi du 7 août 2020 sur la dette sociale et l’autonomie. Elle explique alors que la création de la 5ème branche de la Sécurité Sociale est porteuse de promesse. Selon l’article 3 de la loi votée le 7 août, la CNSA, qui sera gestionnaire de cette nouvelle branche Autonomie, devrait recevoir à partir de 2024, 2 milliards d’euros de nouvelles recettes pour le soutien de l’autonomie.

Puis, après cette courte introduction a débuté la table ronde dont le grand témoin est Dominique Libault. Celui-ci rappelle le manque de professionnels de santé qualifiés pour la prise en charge des seniors. « Une grande partie du problème repose là-dessus » explique-t-il avant d’ajouter qu’il s’agit à la fois d’une urgence mais également d’un sujet qui doit s’inscrire sur le long terme.

Puis débute une table ronde autour de trois thèmes phares :

  • La gouvernance : vers la fin d’une histoire tripartite ? Chaque représentant du SYNERPA, de l’URIOPSS, de la FEHAP, de la FHF et de la FNADEPA ainsi que deux parlementaires, Agnès Firmin-Lebodo et Cyrille Isaac-Sibille, ont exprimé leur point de vue à ce sujet. Plus ou moins contestés, plus ou moins alignés, ils ont échangé sur la réorganisation du financement entre les conseils départementaux (actuellement chargés du financement de la dépendance), des ARS (financement de la partie soin) et des familles (hébergement notamment) ; et plus précisément sur comment faire en sorte qu’ARS et conseils départementaux travaillent mieux ensemble. Les parlementaires présents s’accordent en tout cas sur l’objectif de demain : celui de simplifier le système pour être plus efficace.

 

  • Le PLFSS 2021 : chaque représentant s’est exprimé sur le projet de loi et de financement de la Sécurité Sociale et l’enjeu qu’il y voyait. Est ressortie une volonté très forte d’obtenir une visibilité claire et un plan de financement sur 10 ans pour faciliter le quotidien des EHPAD et se projeter sur le long terme. Finalement, Agnès Firmin-Lebodo affirme qu’actuellement, « nous assistons à une valse à 3 temps dans le changement » : la 5ème branche de la Sécurité Sociale qui aujourd’hui a été créée mais qui est encore creuse sans son financement ; puis le PLFSS sur le court terme pour enclencher le changement ; et enfin la loi grand âge et autonomie sur le long terme.

 

  • Loi Grand âge et autonomie : les attentes sont fortes vis-à-vis de cette loi, qui n’est toujours pas fixée dans le calendrier. Plusieurs souhaits ont été énoncés : un changement de logique pour s’orienter davantage vers l’accompagnement, une loi mettant en avant du concret et du systémique pour assurer une cohérence, une loi simple pour donner un nouveau souffle au secteur… Denis Piveteau, conseiller d’État chargé par le Premier Ministre d’un rapport sur l’habitat inclusif, met l’accent sur cette notion d’accompagnement : pouvoir choisir sa vie le plus longtemps possible, rester utile dans une relation sociale,…
    Tous ces sujets ont également relancé les questions de l’accompagnement du grand âge dans la société. Mais également du parcours de vie qui doit être remis au cœur du débat avec une réflexion autour des bassins de vie et une ouverture des établissements vers l’extérieur. Quels que soient les changements apportés, le calendrier a été fixé : ce projet doit être présenté au conseil de ministre en janvier 2021 et au Parlement en avril.

 

 

Et, finalement, c’est Brigitte Bourguignon, Ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargée de l’Autonomie qui a clôturé ces Assises Nationales des EHPAD. Elle insiste sur une chose : même si le contexte est réellement difficile pour les directeurs/rices d’EHPAD, et le gouvernement en a conscience, « l’objectif aujourd’hui est de protéger sans isoler ». Au-delà de la crise actuelle, les enjeux sont multiples pour faire face à l’urgence démographique : repenser l’EHPAD de demain, réorganiser le système de tarification, favoriser l’allongement de la durée de vie en bonne santé, optimiser le soutien RH, ou encore répondre à l’enjeu écologique…

Difficile donc de mettre tout le monde d’accord sur des sujets si importants et variés. Beaucoup soulignent la lenteur de l’arbitrage et de la prise de décisions malgré les nombreux rapports d’experts réalisés, et attendent des actions concrètes.

Pour reprendre une citation d’Oscar Wilde (ou John Fitzgeral Kennedy) mise en avant pendant ces Assises des EHPAD : « Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie – mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années ». Il semble que cela illustre bien les challenges à relever pour les années à venir !

 

 

Marie-Laurence Guffroy & Victoire de Lambilly

Tags : A la une, Actualité, EHPAD, Résidence

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