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La fragilité des seniors : un enjeu majeur pour les établissements spécialisés

Publié le 03-08-2020

L’accompagnement des seniors dans l’avancée en âge est un véritable challenge pour les équipes des EHPAD et Résidences Seniors.

En effet, alors que l’espérance de vie progresse de manière significative, l’espérance de vie en bonne santé ne suit pas la même courbe. Si nous prenons le cas d’une femme de 65 ans, son espérance de vie est de 23,7 ans, alors qu’elle ne peut espérer vivre en bonne santé que 10,6 années.
La tendance devrait se poursuivre et même s’accélérer, puisque d’ici 2030, il devrait y avoir 20 000 seniors en perte d’autonomie de plus chaque année. [0]

L’enjeu majeur est donc de garantir le « bien vieillir » des seniors : comment définir la fragilité ? quels en sont les risques ? les facteurs favorisants ? les moyens de la détecter et surtout de la prévenir ?

Cet article vous donne des éléments de réponses pour mieux accompagner vos seniors.

 

Qu’est-ce que la fragilité ?

 

Depuis 1980, nombreuses sont les études sur la fragilité des seniors. Néanmoins, la publication de l’étude de L. Fried à la fin des années 90 marque un réel tournant. Il définit alors la fragilité comme « l’impossibilité de répondre de façon adaptée à un stress qu’il soit médical, psychologique ou social » [1]. Il établit plusieurs critères pour caractériser la fragilité :

  • Une perte de poids involontaire depuis un an (> 5%)
  • Un épuisement ressenti par le patient
  • Une vitesse de marche ralentie
  • Une baisse de la force musculaire
  • Des activités physiques réduites

Si un senior répond à un des critères, il est considéré comme pré-fragile, alors qu’un senior fragile est associé à au moins 3 critères. Et cette définition n’a que très peu évolué. En effet, la notion de fragilité est aujourd’hui étroitement liée à l’apparition des premiers signes de vieillesse qui affectent le quotidien des seniors. Souvent accompagnée de dépendance, leur vulnérabilité est accentuée.

Néanmoins, si l’on observe une convergence de définition, la fragilité ne touche pas toutes les personnes âgées. En effet, Yves Rolland insiste sur le fait que la population des seniors est très hétérogène. Pour lui, 3 catégories émergent [2] :

  • Les personnes âgées robustes : cette catégorie n’est pas à risque. Au contraire, ces seniors ont de très bonnes conditions physiques et nutritionnelles. Il explique ainsi que toutes les personnes âgées ne sont pas systématiquement dépendantes.
  • Les sujets fragiles : cette catégorie de seniors a de grandes chances d’être dépendante. Leur performances et capacités sont diminuées et ils sont sensibles au stress, ce qui accentue leur fragilité.
  • Les personnes âgées dépendantes, donc très fragiles : cette catégorie réside généralement dans les EHPAD et requiert un suivi constant.

Ainsi, le niveau de fragilité des seniors n’est pas le même pour tous. Imaginons qu’un senior subisse une situation de stress minime. S’il s’agit d’un senior robuste, il réussira à retrouver des réserves fonctionnelles élevées après une légère baisse temporaire. Si le senior est fragile, il va perdre des réserves fonctionnelles, alors que ses réserves étaient déjà plus basses. Cela le fragilise encore davantage sur le long terme alors que le senior robuste ne sera affecté que temporairement.

Impact-stress-vulnérabilité-des-seniors

 

Quels en sont les risques ?

 

[3] Les conséquences de la fragilité peuvent être multiples :

  • La mobilité: difficulté à se déplacer, chute à répétition…
  • La déficience physique, notamment au niveau de l’alimentation
  • Les troubles sensoriels: vue, ouïe, odorat…
  • Les troubles cognitifs: une perte de mémoire ou d’orientation, difficulté de concentration

D’autres conséquences en découlent, comme l’isolement social, l’augmentation de la consommation de médicaments, l’augmentation du nombre de soins nécessaires, ou, dans sa forme la plus sévère, la mort.

 

Comment la détecter ?

 

[4] Alors que la fragilité semble être un état intermédiaire entre la bonne santé et la maladie, ou entre l’autonomie et la dépendance, les différentes études menées permettent de définir les facteurs favorisants : l’âge, l’absence d’exercice physique, l’alimentation, les médicaments, les pathologies… Ce sont autant d’axes à garder à l’esprit dans une démarche de prévention de la fragilité.

Afin de retarder la perte d’autonomie, il est important de savoir prévenir les premiers signes fragilité et les détecter.  [2] Les signes sont nombreux mais ceux retenus par l’académie de Médecine, sont en ligne avec ceux définis par Fried, à savoir :

  • L’anorexie
  • La perte de poids involontaire
  • La fatigue ou l’épuisement
  • La diminution de la force de préhension
  • Le ralentissement de la marche

S’il s’agit d’être attentif à ces signaux ; il existe aussi des outils d’évaluation. Leur objectif est de détecter la fragilité pour retarder la dépendance des seniors. Deux principaux sont mis en avant :

  • Lindex de la fragilité : développé au Canada, ce test calcule la fragilité à partir d’une liste de comorbidités. Il tient compte de l’effet accumulé de plusieurs facteurs qui sont synonymes d’affaiblissement physique et cognitif. Les scores de fragilité, compris entre 0 et 1, sont déterminés en fonction de déficits présents parmi les indicateurs de santé.
  • Le phénotype de fragilité: développé aux Etats-Unis, ce test est fondé sur la capacité motrice des personnes âgées. Si une personne valide trois des critères suivants, elle sera considérée comme fragile : faiblesse, perte de poids, lenteur, sédentarité et fatigue. Ce test permet donc d’évaluer la fragilité au sein d’une population encore autonome, vivant à domicile.

 

Quel impact financier pour le système de santé ?

 

[5] Alors que le nombre de personnes dépendantes et en perte d’autonomie progresse, la dimension financière est également à considérer avec attention. En 2012, les prestations d’aides sociales aux seniors s’élevaient à 1,4 milliards d’euros en France. Ces dernières regroupaient les Allocations Personnalisées d’Autonomie (APA), l’Aide Sociale de l’Hébergement (ASH), l’Allocation Compensatrice pour une Tiers Personne (ACTP), la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) et enfin l’aide-ménagère départementale. De plus, ce budget évolue à la hausse : entre 2010 et 2025, les dépenses liées à ce secteur devraient augmenter de +0,11 à +0,14 point du PIB, c’est-à-dire de 147 à 271 millions par rapport au PIB de 2010. Il est même prévu qu’il augmente encore d’avantage entre 2015 et 2060 (+0,33 à 0,39). L’enjeu de limiter la fragilité est donc central d’un point de vue sanitaire mais aussi économique.

 

Comment la prévenir ?

 

> Une prévention à l’échelle mondiale

 

[6] Plusieurs programmes internationaux ont été développés pour prévenir la fragilité des seniors. En effet, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) travaille en continu pour prévenir cette perte d’autonomie des seniors. Elle a par exemple développé le programme ICOPE (Integrated Care for Older People) qui répond à divers enjeux autour des besoins des seniors et de l’élaboration de soins personnalisés, du déclin cognitif, de la mobilité, de la malnutrition…

En ce qui concerne les soins apportés aux seniors, l’OMS crée un outil de dépistage pour mesurer les capacités intrinsèques des seniors à partir de six fonctions majeures – la mobilité, l’humeur, la mémoire, la nutrition, la vue et l’audition. L’objectif est d’anticiper leur fragilité.

Dépister la fragilité des seniors ICOPE OMS

 

Pour résumer, le programme ICOPE autour de la prévention de la fragilité des seniors s’organise en 5 étapes :

  • Effectuer des tests de dépistage de la baisse des capacités intrinsèques
  • Entreprendre une évaluation des soins primaires axée sur la personne
  • Définir l’objectif des soins et élaborer un plan de soins personnalisés
  • Assurer une filière d’orientation et le suivi du plan de soins avec des liens vers des soins gériatriques spécialisés
  • Mobiliser les communautés et soutenir les aidants

 

> Une prévention à l’échelle nationale

 

[7] La prévention de la fragilité des seniors est aussi devenue un enjeu gouvernemental. La France a par exemple été le premier pays à implémenter un programme pour faire le point sur l’état de fragilité des seniors dans le pays. La SFGG et l’Agence Nationale du DPC organisent en effet des congrès intitulés « Fragilité du Sujet Agé ». Dans le programme 2020, le professeur Bruno Vellas de Toulouse a, entre autres, expliqué les principes généraux du programme ICOPE présenté précédemment.

[8] Autre élément : la loi du 28 décembre 2015 sur l’Adaptation de la Société au Vieillissement. Celle-ci initie un changement en France. Son objectif est la préservation de l’autonomie grâce à des actions sur le cadre de vie et le soutien au domicile. L’ensemble des pouvoirs publics, que ce soient les conseils départementaux, les caisses de retraite, l’Etat ou les ARS, se mobilisent alors pour mettre en place des mesures au niveau des logements, de la participation à la vie citoyenne, de l’accès à la santé…

 

Finalement, les politiques de prévention actuelles poursuivent 4 grands objectifs :

  • Préserver l’autonomie grâce à l’activité physique et sportive ainsi que la nutrition
  • Lutter contre l’isolement
  • Agir sur le cadre de vie et le soutien à domicile
  • Prévenir des pertes d’autonomie évitable (les chutes par exemple)

 

> Une prévention à l’échelle privée

 

Si la prévention de la fragilité est devenue une priorité mondiale et nationale, des entreprises privées se sont également intéressées à ce challenge. C’est le cas notamment avec les solutions GENERATION CARE, qui propose du télésuivi médical et DONA CARE, axée sur la détection de chutes et l’incitation à l’activité physique.

 

 

L’ensemble de la communauté médicale ainsi que les experts du vieillissement s’accordent sur l’état réversible de la fragilité. Face au défi démographique annoncé et pour des raisons aussi bien économiques, médicales qu’humaines, la prévention de la fragilité est donc devenue un enjeu majeur. Pour un vieillissement en santé, chaque acteur, à son échelle se doit de ne pas l’oublier.

 

 

 

Victoire de Lambilly

 

Sources :

[0] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_grand_age_autonomie.pdf

[1] https://www.revmed.ch/RMS/2000/RMS-2323/20925#:~:text=Fried2%20a%20propos%C3%A9%20une,m%C3%A9dical%2C%20psychologique%20ou%20social%C2%BB.

[2] https://www.irdes.fr/recherche/rapports/563-la-prevention-de-la-perte-d-autonomie-la-fragilite-en-questions.pdf

[3] http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2014/05/Rapport-Fragilit%C3%A9_Commission-XIII-Handicap_12-Mai-14.pdf

[4] https://www.projet-regional-de-sante-pays-de-la-loire.ars.sante.fr/reperage-de-la-fragilite-et-prevention-de-la-perte-dautonomie

[5] http://www.academie-medecine.fr/importance-du-concept-de-fragilite-pour-detecter-et-prevenir-les-dependances-evitables-au-cours-du-vieillissement/

[6] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329945/9789290313274-fre.pdf?sequence=5&isAllowed=y&ua=1

[7] https://sfgg.org/actualites/fragilite-des-personnes-agees-un-programme-de-depistage-inedit-dans-le-monde/

[8] https://www.pourbienvieillir.fr/la-fragilite

[9] https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/france/mortalite-cause-deces/esperance-vie/

Tags : A la une, EHPAD, Résidence, Santé : prévenir la fragilité

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